3 avril 2026

Que Fait une Grande Exposition à une Ville Comme Lausanne ?

Avec « I dreamt of you in colours », le MCBA propose plus qu’un rendez-vous artistique : une autre manière de penser les matières, les lieux et le rôle d’un musée aujourd’hui.

R
Romandie Événements

Le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne présente du 3 avril au 23 août 2026 l’exposition « I dreamt of you in colours », consacrée à l’artiste Otobong Nkanga. À première vue, il s’agit d’un grand rendez-vous d’art contemporain. Mais ce type d’exposition pose aussi une question plus large : qu’est-ce qu’un événement artistique de cette ampleur change dans la manière dont une ville se regarde elle-même ?

Car une exposition n’est jamais seulement un alignement d’œuvres dans un musée. Elle transforme des circulations, attire des publics différents, produit des discussions et redéfinit temporairement l’image culturelle d’un lieu. Dans le cas de Lausanne, où Plateforme 10 s’est imposée comme un pôle central, ce genre de proposition agit aussi comme un signal : la ville veut être un espace où l’art contemporain compte réellement dans le débat public.

Le musée comme lieu d’attention

L’œuvre d’Otobong Nkanga s’intéresse aux matières, aux mémoires, aux circulations et aux liens entre humains, territoires et ressources. Cette approche ne livre pas un message simple ou immédiat. Elle demande au contraire du temps, de l’attention et une certaine disponibilité du regard. C’est précisément là que l’exposition devient intéressante dans le contexte actuel.

À un moment où une grande partie de la consommation culturelle est rapide, fragmentée et soumise à des logiques d’images instantanées, une exposition comme celle-ci réintroduit une autre temporalité. Elle invite non pas à “passer voir”, mais à s’arrêter, observer, relier et interpréter. En cela, elle dit quelque chose du rôle que peut encore jouer un musée aujourd’hui.

Une exposition change-t-elle vraiment une ville ?

La réponse est sans doute moins spectaculaire qu’on ne l’imagine, mais elle n’est pas négligeable. Une grande exposition ne change pas à elle seule l’identité d’une ville. En revanche, elle contribue à créer un climat culturel, à renforcer certaines pratiques de sortie, à légitimer certains lieux et à faire circuler de nouvelles questions dans l’espace public.

Pour Lausanne, accueillir une exposition de cette envergure signifie aussi consolider sa place comme destination artistique romande. Cela touche autant les institutions que les étudiant·es, les publics curieux, les touristes culturels ou les personnes qui fréquentent déjà Plateforme 10 sans forcément entrer dans tous les musées. Une exposition importante agit donc par cercles concentriques.

Au-delà de l’événement

Ce qui reste d’une exposition n’est pas seulement ce que l’on a vu sur les murs. Ce sont aussi les questions qu’elle laisse derrière elle : comment regarder la matière autrement ? que raconte un musée sur l’époque qu’il traverse ? et quelle place une ville veut-elle donner à la culture dans sa propre représentation ?

Dans ce sens, « I dreamt of you in colours » n’est pas seulement une actualité du printemps lausannois. C’est aussi un bon révélateur de ce qu’une institution culturelle peut produire quand elle ne se contente pas de montrer, mais invite réellement à penser.